L'oreille est hardie

Danièle Evenou, elle a vou, elle a vaincou

01 janvier 2006

Pagny nie, Ô gens bons!

Pour bien commencer une année, il faut lui trouver une phrase percutante, le genre de phrase qui réveille en vous l’instinct poétique, qui vient agiter calmement le doux frisson du beau mot, du texte frêle et pourtant fort, voire ravageur, qui submerge d’une vague excitante de révolte l’échine de vos envies, qui caresse dans une folle étreinte le frémissement incertain d’une utopie revêche, mais néanmoins frivole, qui vient ébranler les certitudes d’un insignifiant revers de la main. Le genre de phrase qui fait s’écrier « Ô vous toutes, légions du ciel! Ô terre ! Contiens toi, contiens toi, mon cœur ! Et vous, mes nerfs, ne vieillissez pas en un instant, mais tendez-vous pour me dresser ». Dans cette quête de poésie et d’amour du verbe nous avons choisi de placer cette année sous le sceau de Florent Pagny qui a déclaré ses impôts en 1990 « Presse qui roule pas vraiment cool. Presse qui coule me casse les couilles ». On voit de suite la rime riche, copieuse même « cool-couille » et on sent l’estampille marquée d’un Baudelaire ou d’un Verlaine, voire même d’un Shakespeare. Pas besoin évidement de noter le rapport populaire, avec le dicton bien connu, ni même l’allusion explicite au mythe de Sisyphe, heureux porteur de caillou qui s’en va gaiement, mais ma foi fort naïvement, chaque jour à sa tâche, poussant allègrement ladite pierre, jusqu’à la voir retomber inexorablement. C’est à la croisée des chemins, entre philosophie bourgeoise, culture populaire, chanson à texte, humour piquant et esprit résolument révolutionnaire que se situe ce fin et subtil mélange, pour nous offrir tout de go une délicieuse lexie, que nous choisissons sans hésitation aucune comme fer de lance de cette année 2006, elle sera notre flamme olympique, notre Hymne à la Joie, notre étendard sanglant qui est levé, notre Footix.

Me direz vous, diantre, sangdieu (je sais que vous êtes dans gens vulgaires, ma foi, je m’y fais), en auriez vous soudainement après les journalistes? Pas plus qu’un autre, mais ce qu’il faut avant tout retenir de cette phrase est son élan poétique, sa farouche textualité, sa fougue sensuelle et c’est là tout ce que nous retiendrons.    

Quand on voit que de tels penseurs existent aujourd’hui dans notre pays, on ne parvient pas à comprendre la morosité ambiante. Evidemment on peut rétorquer que des gens comme Arthur, Laurent Ruquier ou Marc Lévy sont en liberté, il est vrai que ce n’est pas négligeable, mais malgré tout.

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26 décembre 2005

Malaxe! Plus t'en mets, plus t'en as

Drame du quotidien. Hier soir, aux environs de 19h25, Garbin Secrule rentre chez lui, guilleret. En effet, il vient d’être augmenté, la France a toutes ses chances pour le mondial 2006 et Francis Lalanne n’a pas sorti de nouvel album. Pour fêter ça, il vient de faire des emplettes dans le magasin But à côté de chez lui : des cadeaux pour sa femme (un appareil à crêpe réversible, le dernier picsou magazine, un poster géant de Daniel Ducruet et un rouleau d’essuie-tout à fleur). Tout cela lui a coûté assez cher, mais qu’importe. Il tourne la clé dans la serrure de la porte du hall de l’immeuble, prend l’escalier car comme toujours l’ascenseur est bloqué au 8° étage et se farcie les 6 étages à pieds. Mais cela ne le gêne pas outre mesure car M. Secrule est heureux. Il tourne la poignée et se trouve enfin dans son appartement après une journée harassante de travail, il caresse son chien Woofi (un teckel) et, voulant alors annoncer sa joie à sa chère et tendre épouse, se croyant déclarer « Ma chérie, je me suis vidé les fouilles au But, en pensant à toi ! », son inconscient prend le dessus et au malheureux de déclamer avec force et conviction « Ma chérie, je me suis vidé les couilles aux putes, en pensant à toi ! ». Là, c’est le drame, ladite chérie, dans un excès de rage malaxe le crâne de son mari avec le dernier mixeur de chez Bruwn, qu’il lui avait acheté la dernière fois qu’il était content. Lorsqu’elle prend conscience de son acte, il est déjà trop tard : M. Secrule est mort et la police sonne à la porte, alertée par un voisine affolée par le fait qu’on puisse préparer une purée de carotte avec un mixeur à 19h30.

Aujourd’hui, Mmme Secrule est en détention provisoire. D’après les experts psychanalystes (c’est ici), le lapsus de M. Selucre serait du à un « changement de paradigme centré sur le travail de symbolisation, sur l’intersubjectivité et l’interaction transféro-contre transférentielle. De ce fait, le sens est plus à construire qu’à révéler et la situation analytique devient une situation pour symboliser. Elle symbolise l’activité de symbolisation elle-même. A cet égard, le cadre et le transfert sur le cadre représentent les conditions nécessaires à cette symbolisation. Le travail s’effectue à deux et l’interaction tranfert-contre transfert passe au premier plan. Troisième polarité associée aux deux autres, celle de l’appropriation subjective de ce travail. “Le moi-sujet devait advenir” selon la formule freudienne célèbre.»

Quelques conclusions s’imposent :

1)     Woofi, c’est un nom ridicule, même pour un chien, Francis Lalanne aussi

2)     Les lapsus, des fois ça fait chier, la psychanalyse aussi

3)     La psychanalyse, quand on vient de broyer son mari, on s’en bat l’oeil

4)     Pour ce qui est du poster de Daniel Ducruet, ne vous inquiétez pas, il est sain et sauf

5)     Femme ou mixeur, parfois il faut choisir

Posté par Badibuh à 20:12 - Musique, tapages et désagrément - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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