Manuel a l'usage des grandes personnes et des petites personnes à talonnettes:

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2. Savoir dire du mal des autres

Dire du mal des autres n’est pas anodin. Dire du mal des autres si c’est bien fait, c’est avant tout s’assurer que lorsque vous aurez le dos tourné les autres veilleront à dire du mal de vous dans les règles de l’art. C’est donc avant tout penser à soi que savoir dire du mal des autres.

Tout d’abord il faut signifier avec tact à vos auditeurs que vous comptez dire du mal d’autrui. Ceux-ci sauront alors adopter une attitude adéquate et se sentir au mieux dans cette lapidation verbale. En effet ne pas préparer son auditoire, c’est prendre le risque que celui-ci ne se sente point à son aise et garde un souvenir mitigé de ladite calomnie. Les phrases accrocheuses de qualité font légion :

"J’ai le plus profond respect pour elle/lui", à utiliser plutôt dans un cadre professionnel, ou en politique, si jamais vous en faites.

"Je ne dis pas ça parce qu’il/elle n’est pas là", simple, efficace, elle reste la phrase préférée de 98% de la population selon un sondage IPSOS/SOFRES datant de 2004.

"Je suis toujours le premier à le/la défendre", sied particulièrement lorsque la personne attaquée est assez, voire très proche, un parent, un ami, un cochon d’inde…

Ne commencez jamais au grand jamais par attaquer le physique, il est évident que les gens qui vous écoutent ont eux-mêmes leurs complexes et pourrait d'emblée se sentir peu à leur aise. Par la suite au contraire n’hésitez surtout pas à ponctuer vos diatribes de "et en plus de ça il est tout petit", "porter la moustache, soit, mais si mal…on a pas idée", "vous savez de  toute façon ce qu’on dit des gens qui portent des chemises à carreaux" (peu importe ce qu’on en dit je ne le sais pas moi-même, mais votre auditoire fera mine de le savoir en ricanant) qui, habilement placés, sont du plus bel effet.

Deux points capitaux

Donnez à tout moment l’impression que vous êtes le premier peiné de devoir ainsi médire, mais que malheureusement la personne vous y oblige par son attitude et ses comportements exécrables, cela déculpabilisera par la même votre auditoire qui en sera soulagé et d’autant plus détendu et donc acerbe, ou croate, au choix

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Laissez la parole à votre auditoire. Celui-ci fourmillera à coup sûr d’idées et saura trouver des défauts criants auxquels vous n’auriez peut-être pas pensé, à vous de laisser naître l’émulation nécessaire à une bonne critique

Mettre le point final à ce genre de discussion.

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Hors de question évidemment de rester sur sa faim, il est dit qu’une discussion mal aboutie est une mauvaise discussion. A vous donc de savoir finir par une apogée flamboyante.

"En tout cas pour quelqu’un qui en vaut si peu la peine, il a le mérite de faire parler de lui" est à éviter. Vous laisseriez finir la discussion sur un point positif pour la personne et donneriez l’impression que cette discussion était purement inutile. Au contraire il vous faut pointer l’absolue nécessité de parler de lui ainsi dans son dos tout en apportant l’estocade finale.

"Si seulement il savait entendre tout ce que les autres disent, mais borné comme il est…" a largement fait ses preuves, mais demande à être amélioré.

Conseil : évitez de quitter la pièce juste après la discussion, ce serait prendre le risque d’être immédiatement la victime de la prochaine déblatération. Surtout si vous portez justement votre surchemise achetée en 1993 ou vos mocassins en daim ce jour là.

(je suis conscient qu’un tel sujet de société se devrait de faire l’objet d’un ouvrage plus conséquent, mais il est de mon devoir de rester attractif pour le lecteur)(pour lequel j’ai le plus profond respect)(et que je suis toujours le premier à défendre)