01 janvier 2006

Pagny nie, Ô gens bons!

Pour bien commencer une année, il faut lui trouver une phrase percutante, le genre de phrase qui réveille en vous l’instinct poétique, qui vient agiter calmement le doux frisson du beau mot, du texte frêle et pourtant fort, voire ravageur, qui submerge d’une vague excitante de révolte l’échine de vos envies, qui caresse dans une folle étreinte le frémissement incertain d’une utopie revêche, mais néanmoins frivole, qui vient ébranler les certitudes d’un insignifiant revers de la main. Le genre de phrase qui fait s’écrier « Ô vous toutes, légions du ciel! Ô terre ! Contiens toi, contiens toi, mon cœur ! Et vous, mes nerfs, ne vieillissez pas en un instant, mais tendez-vous pour me dresser ». Dans cette quête de poésie et d’amour du verbe nous avons choisi de placer cette année sous le sceau de Florent Pagny qui a déclaré ses impôts en 1990 « Presse qui roule pas vraiment cool. Presse qui coule me casse les couilles ». On voit de suite la rime riche, copieuse même « cool-couille » et on sent l’estampille marquée d’un Baudelaire ou d’un Verlaine, voire même d’un Shakespeare. Pas besoin évidement de noter le rapport populaire, avec le dicton bien connu, ni même l’allusion explicite au mythe de Sisyphe, heureux porteur de caillou qui s’en va gaiement, mais ma foi fort naïvement, chaque jour à sa tâche, poussant allègrement ladite pierre, jusqu’à la voir retomber inexorablement. C’est à la croisée des chemins, entre philosophie bourgeoise, culture populaire, chanson à texte, humour piquant et esprit résolument révolutionnaire que se situe ce fin et subtil mélange, pour nous offrir tout de go une délicieuse lexie, que nous choisissons sans hésitation aucune comme fer de lance de cette année 2006, elle sera notre flamme olympique, notre Hymne à la Joie, notre étendard sanglant qui est levé, notre Footix.

Me direz vous, diantre, sangdieu (je sais que vous êtes dans gens vulgaires, ma foi, je m’y fais), en auriez vous soudainement après les journalistes? Pas plus qu’un autre, mais ce qu’il faut avant tout retenir de cette phrase est son élan poétique, sa farouche textualité, sa fougue sensuelle et c’est là tout ce que nous retiendrons.    

Quand on voit que de tels penseurs existent aujourd’hui dans notre pays, on ne parvient pas à comprendre la morosité ambiante. Evidemment on peut rétorquer que des gens comme Arthur, Laurent Ruquier ou Marc Lévy sont en liberté, il est vrai que ce n’est pas négligeable, mais malgré tout.

Posté par Badibuh à 18:00 - - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur Pagny nie, Ô gens bons!

    Vialatte Alexandre

    Tu dois sûrment connoitre cet auteur magnifique, moraliste qui tue et fort productif.

    Posté par jM, 01 mars 2008 à 22:39 | | Répondre
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